Souveraineté sanitaire : le Sénégal accélère son entrée dans l’ère de la production vaccinale de nouvelle génération
Dakar – Aux côtés du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique (MSHP), le Bureau de l’Organisation mondiale de la Santé au Sénégal (OMS) a accueilli une mission conjointe du Siège de l’OMS basé à Genève et de Medicines Patent Pool (MPP), du 14 au 17 avril 2026 à Dakar, dans le cadre du Health Technology Access Programme (HTAP). Cette initiative marque un tournant décisif où le Sénégal passe d’un rôle de bénéficiaire à celui d’acteur souverain de la production de vaccins et de technologies de santé. Au-delà de sa dimension technique, cette mission constitue un basculement stratégique.
Lancée en 2021 par l’OMS et le MPP en réponse aux fractures révélées par la pandémie de COVID-19, cette initiative vise à corriger une inégalité structurelle majeure : l’accès tardif et limité des pays à revenu faible et intermédiaire aux innovations vaccinales. En quelques années, le programme s’est structuré en un réseau mondial réunissant des acteurs de la fabrication, de la recherche, de la réglementation et de la formation.
Dans cette dynamique, l’OMS joue un rôle central. Elle assure l’alignement entre les priorités nationales et les standards internationaux, accompagne le renforcement des capacités techniques et réglementaires, et facilite le transfert effectif des technologies en lien avec le MPP. À travers cette mission, l’Organisation appuie également la coordination entre les différents acteurs et soutient la structuration d’un écosystème durable autour de la production vaccinale.
Aujourd’hui, une nouvelle étape s’ouvre avec l’entrée dans la phase 2.0 du programme. Il ne s’agit plus seulement de démontrer la faisabilité de la production, mais d’inscrire celle-ci dans la durée, avec des exigences élevées de qualité, de viabilité économique et d’impact sanitaire. « Nous passons de la question “pouvons-nous produire ?” à celle de “pouvons-nous délivrer des produits de manière durable et efficace ?” », a souligné le Représentant résident de l’OMS au Sénégal, Dr Michel Yao.
Dans cet élan, le Sénégal s’appuie sur une vision stratégique claire et un leadership étatique affirmé. À travers le MSHP, et en particulier l’Unité de gestion du projet pharmaceutique (UGP Pharma), une architecture institutionnelle solide mise en place pour piloter cette transformation. L’UGP Pharma assure la coordination entre dimensions industrielles, réglementaires et stratégiques, tout en facilitant l’articulation entre acteurs publics, partenaires techniques et écosystème privé.
« Le transfert de technologie à ARNm constitue un pilier stratégique de la politique de souveraineté pharmaceutique du Sénégal. Il ne s’agit pas uniquement de produire, mais de structurer durablement une industrie capable de répondre aux priorités de santé publique et de soutenir notre résilience face aux crises », souligne le Dr Mor Diagne, conseiller technique en pharmacie du MSHP.
Au cœur de cet écosystème, l’Institut Pasteur de Dakar s’impose comme un acteur clé. Fort d’une expertise reconnue dans la production vaccinale et la surveillance épidémiologique, l’Institut incarne la capacité du Sénégal à articuler recherche, innovation et production. Sélectionné parmi les partenaires africains du programme, il s’inscrit dans une trajectoire de montée en puissance, avec des infrastructures en développement et une ambition tournée vers l’adaptation des technologies aux besoins régionaux.
L’intégration avec des initiatives telles que DIATROPIX, plateforme de solutions de diagnostic rapide, ouvre des perspectives structurantes en reliant production vaccinale et diagnostics, dans une logique d’innovation intégrée au service des systèmes de santé.
Cette dynamique s’inscrit également dans une mobilisation internationale de haut niveau. Organisée en étroite collaboration entre le Siège de l’OMS, le MPP et le Bureau pays de l’OMS au Sénégal, cette mission conjointe a mobilisé des experts issus des différents niveaux de l’Organisation ainsi que du MPP. Elle a permis de renforcer l’alignement entre la stratégie nationale, les orientations mondiales et la mise en œuvre opérationnelle du programme.
« Ce programme ne se limite pas à un transfert de technologie. Il s’agit de bâtir un écosystème complet, capable de soutenir la production, l’innovation et l’accès équitable aux technologies de santé sur le long terme », a rappelé Dr Jicui Dong, cheffe d’unité, Politiques des produits, Unité de soutien à l’accès et à la fabrication (PAM) au siège de l’OMS à Genève.
Ce dispositif contribue à la mise en œuvre du HTAP, qui vise à accélérer l’accès équitable aux produits de santé tout en renforçant la résilience des systèmes. Pour le Sénégal, cette trajectoire est pleinement alignée avec les ambitions nationales de transformation industrielle et de souveraineté sanitaire.
Dans les laboratoires de Dakar, dans les échanges techniques et les réunions de haut niveau, se dessine une nouvelle réalité : celle d’un pays qui ne se limite plus à recevoir des solutions, mais qui s’organise pour les concevoir, les produire et les déployer.
La mission OMS–MPP constitue ainsi un point d’accélération. Elle permet d’analyser de façon objective les progrès, d’identifier les défis et de structurer les prochaines étapes d’un chantier stratégique de long terme.
Pour la mise en œuvre du programme au niveau mondial, l’OMS collabore avec plusieurs partenaires techniques et financiers, dont le gouvernement de la Belgique, l’Union européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), avec le soutien de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. Des Jeunes Experts Associés, soutenus par la France et la République populaire de Chine, contribuent également à la mise en œuvre des activités. La mission de lancement au Sénégal, a par ailleurs été cofinancée par Unitaid et l’Union européenne.